La journée d'étude
Cette journée d'étude, intitulée "Palimpsestes politiques et culturels", était organisée par deux doctorantes de l'équipe de recherche AMERIBER (Amérique latine, Pays ibériques, EA3656). Elle visait "à explorer le concept de palimpseste – manuscrit sur parchemin d’auteurs anciens que les copistes du Moyen Âge ont effacé pour le recouvrir d’un second texte – dans diverses pratiques quelles soient artistiques, sociales, culturelles, littéraires, politiques ou encore anthropologiques. Il est désormais fréquent de parler de « palimpseste » pour des œuvres artistiques faisant écho à d’autres œuvres, des idées, des concepts, des théories passés et avec lesquels elles dialoguent dans le but de, par exemple, s’inscrire dans un sillage générationnel pour le revendiquer, le questionner, le nier ou encore le mettre en relation avec l’actualité afin d’en redéfinir ses contours."
Le projet de communication
Quand une version simplifiée de l'appel à communication (voir ci-dessous) a été transmis aux doctorant.es de l'université, il m'a semblé que tous les mots-clés correspondaient à un aspect ou un autre de ma thèse et de son contexte plus général de revitalisation de la pratique linguistique occitane :
Plus précisément, cela me semblait correspondre assez bien à une réflexion en cours que j'avais à propos des motivations professées par les lycéen.nes candidat.es au projet Liceans Ambaissadors de l'OPLO pour apprendre l'occitan : comme j'avais participé à la sélection des Liceans Ambaissadors 2021-2022, j'avais eu l'occasion de lire les 59 candidatures reçues à l'occasion, et avais été marquée, sans pouvoir le caractériser ou le quantifier, par l'attachement de ces jeunes à leur territoire (région, voire ville). J'envisageais donc de procéder à une analyse systématique de ces candidatures, qui pourrait peut-être intégrer ma thèse, et cette journée d'étude était l'occasion parfaite de m'imposer une date butoir pour commencer cette analyse.
Abstract de la communication
Apprendre l’occitan au lycée : dé-construire l’Histoire pour re-construire des identités ?
Après avoir perdu en prestige face à l’importance grandissante de la pratique du français, langue de la cour, pour la promotion sociale, puis subi une véritable politique d’éradication, les langues désormais dites régionales ne sont aujourd’hui presque plus parlées en France. Presque étant le mot-clé ici. En effet, malgré son efficacité redoutable, la politique longtemps linguicide de l’État français n’a pas totalement rempli ses objectifs : si la langue française s’est bien imposée en quelques décennies, sous les IIIe et IVe Républiques, comme langue nationale, commune à l’ensemble du territoire, les patois n’ont pas été totalement éradiqués, et des locuteur/rices continuent de perpétuer ces pratiques linguistiques de nos jours.
Or, si certaines démarches politique de revitalisation linguistique peuvent être facilement expliquées dans une optique patrimoniale – il s’agit d’un patrimoine immatériel – l’on peut se demander ce qui motive les locuteur/trices à parler, apprendre et parfois transmettre une langue qui ne semble plus, de prime abord, servir aucun but ni rendre aucun service à ses dépositaires. La question semble même davantage se poser dans le cas de néolocuteur/trices, d’autant plus parmi les plus jeunes : par exemple, quelle est la motivation des lycéen.nes qui choisissent d’apprendre l’occitan ? Comment ces jeunes refonctionnalisent-ils/elles la pratique de cette langue au sein d’une offre de formation à visée d’autant plus utilitariste depuis la réforme du lycée de 2018 ?
Dans cette communication, j’apporterai quelques pistes de réponse à ces questions à travers l’analyse qualitative d’un corpus de courts textes produits par cinquante-neuf lycéen.nes dans le cadre de l’appel à candidature du projet « Liceans Ambaissadors » lancé en 2021 par l’Office public de la langue occitane. Dans ces textes, les lycéen.nes candidat.es expliquent leur rapport à la langue occitane, à son apprentissage et proposent des idées de projets qu’ils/elles souhaiteraient mettre en place afin d’encourager leurs camarades à la découvrir également.
Il ressort de ces candidatures que l’apprentissage de la langue-matière est un choix volontaire de la part de ces lycéen.nes, qui voient dans cette pratique un moyen de créer ou entretenir un lien avec les ancien.nes ainsi qu’avec leur territoire (ville, région), mais aussi d’avoir accès à une autre Histoire, celle qui n’est pas enseignée dans l’Histoire-matière. L’occitan serait ainsi un portail pour construire leur propre identité individuelle en interrogeant notre identité nationale et son histoire.
Contenu de la communication*
Bilan d'expérience
La journée fut très enrichissante et il était très agréable d'être intégrée dans une équipe d'hispanisant.es, même si une partie des communications étant en espagnol, je n'ai pas pu tout suivre. Iels se sont montré.es très intéressé.es par le sujet de ma communication. Ainsi, même s'il s'agit avant tout d'un espace de communication scientifique, participer à ce genre de journée qui ne tourne pas spécifiquement autour de l'occitan me permet, malgré tout, de mieux faire connaître la langue, son histoire et sa situation actuelle.
Le cadre de la journée était très bienveillant, puisque nous étions principalement entre doctorant.es et en relativement petit comité ; pour un.e jeune chercheur.e, ce genre d'événement est très important car il permet de s'essayer à la communication scientifique dans un cadre rassurant, et d'avoir des échanges passionnants (et parfois passionnés) sans avoir la pression de la représentation, et d'avoir des retours constructifs sur notre travail.
* il est possible que certaines diapositives ne soient pas totalement compréhensibles sans l'explication orale associée.