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2e Congrès du Réseau International Poclande

Le Congrès

Le réseau international POCLANDE (Populations, Cultures, Langues et Développement) est une équipe internationale de chercheur.es travaillant sur les liens entre langue, culture et développement.

Ces problématiques, qui constituent le fondement de la linguistique pour le développement, sont particulièrement présentes dans la recherche en (socio)linguistique sur le continent africain, dont beaucoup d'universités sont représentées au sein du réseau, car la diversité linguistique et le plurilinguisme des individus sont particulièrement riches sur ce continent et il s'y pose beaucoup de questions spécifiques en termes de politiques linguistiques publiques (par exemple, quelles langue(s) officielle(s) pour un pays ? quelle articulation entre langue(s) officielle(s), véhiculaire(s), nationale(s), régionale(s) ? quelle langue pour l'école publique ?...) et ces questions s'imbriquent dans des problématiques plus larges encore de développement social et économique des pays, notamment en ce qui concerne l'éducation.

Le premier congrès du réseau POCLANDE, sur le thème "Les territoires de la linguistique pour le développement" a eu lieu à la MSHA (Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine) sur le campus de l'université Bordeaux Montaigne en octobre 2019. Le deuxième congrès, sur le thème Développement durable : amplifier les langues, valoriser les cultures, impliquer les populations s'est tenu en format hybride à Kenyatta University (Nairobi, Kenya) du 27 au 29 octobre 2021.

 

Abstract de la communication*

Leviers de motivation et freins à l'enseignement de l'occitan en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie : étude des représentations sociales

Commanditée par l'Office public de la langue occitane (groupement d'intérêt public constitué des régions administratives françaises Nouvelle-Aquitaine et Occitanie ainsi que de l'Etat français) et l'Eurorégion transfrontalière Nouvelle-Aquitaine/Euskadi/Navarre, une enquête sociolinguistique menée par téléphone auprès de 8000 habitants du sud-ouest de la France et du Val d'Aran en Espagne a fourni en 2020 un état des lieux de l'usage et des représentations de la langue occitane sur un vaste territoire. Ce projet, qui a reçu un financement européen à travers le Fonds Européen de Développement Régional qui vise à réduire les inégalités entre les différents territoires de l'Europe, s'inscrit dans une démarche de documentation mais aussi de prospection afin de pouvoir intervenir au mieux sur le terrain pour préserver, voire développer, la langue, en accord avec les attentes des locuteurs, mais aussi des non-locuteurs. L'inclusion du Val d'Aran, où la langue a un statut co-officiel, contrairement à la France, et est enseignée de manière obligatoire à l'école, nous permet d'évaluer les effets de différences politiques linguistiques sur l'usage et les représentations d'une même langue minoritaire afin, si cela est possible, d'étendre les dispositifs qui ont des résultats positifs à des territoires proches géographiquement et sociolinguistiquement.

Notre projet de recherche fait suite à cette enquête quantitative et en constitue un volet qualitatif. Il vise à faire émerger et analyser les représentations positives et négatives de l'occitan dans le sud-ouest de la France afin de comprendre ce qui peut encourager ou décourager des familles à choisir un enseignement d'occitan pour leurs enfants. La méthodologie utilisée sera la Méthode d'analyse combinée des représentations sociales des langues (Maurer 2016) : sur la base d'une pré-enquête menée entre avril et juin 2021, nous déploierons un questionnaire quanti-quali auprès des parents et élèves d'occitan peu après la rentrée scolaire de  septembre 2021.

Lors de cette communication, nous nous proposons de présenter plus en détails le contexte sociolinguistique et politique dans lequel ce projet de recherche s'inscrit – incluant quelques résultats saillants du volet quantitatif – ainsi que les réflexions méthodologiques qui auront mené à la rédaction du questionnaire et le questionnaire lui-même (et, le cas échéant, quelques résultats préliminaires).

 

Mots-clés : sociolinguistique, langue minoritaire, occitan, politique linguistique, représentations sociales

 

Références :

Agresti, Giovanni. 2006. Parcours linguistiques et culturels en Occitanie, 1996-2006: enjeux et avatars        d’une langue-culture minoritaire contemporaine. Rome: Aracne.

———. 2019. « Valeurs et représentations du bi-plurilinguisme : l’enjeu des politiques  linguistiques ». In        Symposium "Le bi-plurilinguisme dans l’éducation Enseigner & Apprendre en plusieurs langues             Valeurs, principes didactiques, gestes professionnels, ressources", INALCO, Novembre 2019, Paris,              France.

Martel, Philippe, et Robert Lafont. 2014. L’école française et l’occitan. Montpellier: Presses universitaires    de la Méditerranée.

Maurer, Bruno. 2016. « La Méthode d’analyse Combinée Des Représentations Sociales Des Langues : Un Outil d’étude Quanti-Quali Des Idéologies Linguistiques ». Circula, Revue d’idéologies               Linguistiques, no. 3: 5–19.

Office public de la langue occitane. 2020. Langue occitane : état des lieux 2020 ; résultats de l'enquête      sociolinguistique relative à la pratique et aux représentations de la langue occitane en Nouvelle-              Aquitaine, en Occitanie et au Val d'Aran. https://www.ofici-occitan.eu/wp-content/uploads/2020/09/OPLO_Enquete-sociolingusitique-occitan-2020_Resultats.pdf

 

Contenu de la communication**

 

Bilan d'expérience et apports pour la thèse

Le deuxième congrès POCLANDE constituait ma toute première participation à un colloque international. J'ai été très agréablement surprise que ma proposition de communication soit acceptée, mais j'étais également plus stressée que pour les communications précédentes. Par exemple, à titre de comparaison, la conférence (de 40 minutes) que j'avais donnée aux Journées de Linguistique quelques mois auparavant, bien que plus longue, avait été plus facile à préparer et à envisager car au final, je n'y présentais pas ma propre recherche, et ce n'était donc pas mon travail de recherche qui était jugé par le public.

Les retours du comité scientifique sur ma proposition de communication ont été plutôt positifs, mais il m'a été demandé de faire un lien avec la notion de développement durable qui était le thème du congrès. Si cela m'a d'abord paru difficile car j'associais surtout cette notion à des questions très pratiques liées à l'écologie, en me replongeant dans les textes de présentation du réseau POCLANDE et dans l'appel à communications du congrès (toujours garder à l'esprit que l'appel à communications est là pour nous guider !), j'ai trouvé un certain nombre d'éléments qui sont venus nourrir ma réflexion :

"Selon l’Association Adéquations, une organisation qui œuvre dans le domaine du développement durable, des droits humains, de la solidarité internationale et de la diversité culturelle, « le développement durable vise à promouvoir, par l’action collective et dans la durée, un développement économique, social et environnemental centré sur l’intérêt, les potentiels et les besoins des populations actuelles »"

>> Qui sont les "populations actuelles" que mon travail de thèse vise à aider et quels sont leurs "intérêts, potentiels et besoins" ?

"Il se trouve cependant, comme l’ont démontré de nombreux chercheurs, que la réalisation de ces objectifs se heurte souvent, dans de nombreuses parties du monde, aux barrières linguistiques, culturelles et même conceptuelles."

"Puisque les langues et les cultures sont indissociables des sociétés, il semblerait légitime de les considérer comme autant de ressources pour servir le développement durable. La question se pose alors de savoir comment les universitaires, les chercheurs et les praticiens de terrain peuvent mobiliser des ressources linguistiques et culturelles pour améliorer les conditions de vie des populations."

>> Dans un pays comme la France, qui a réalisé une unification linguistique forte et construit ses représentations d'elle-même sur la base de cet accomplissement, existe-t-il encore des "barrières linguistiques" au développement durable ? En quoi les langues régionales peuvent-elle être considérées comme des "ressources pour servir le développement durable" ? Le mot qui m'a marquée ici est "conceptuelles" : notre rapport aux langues régionales peut-il avoir une influence sur notre conceptualisation même du développement durable ? Et donc, que dit notre rapport aux langues régionales de nous et de notre rapport à notre environnement dans un sens plus large ? Par exemple, est-ce qu'une sensibilisation aux langues régionales - notamment, à leur diversité externe (il y a beaucoup de langues régionales en France) et interne (les langues régionales sont fortement dialectalisées) - peut constituer une forme de sensibilisation à la diversité en général (biodiversité, diversité linguistique et culturelle dans le monde) et aux problématiques liées à cette notion à différentes échelles (en France, dans d'autres pays ; à l'échelle d'une région, d'un pays, d'un continent, du monde) ?

C'est par ce cheminement de pensée que j'en suis arrivée à deux grands axes de réflexion pour lier mon sujet à la question plus large du développement durable :

   > d'une part, partir des personnes (cf. "centré sur l'intérêt, les potentiels et les besoins des populations actuelles", "améliorer les conditions de vie des populations") - public cible : les occitanophones : une langue n'existe pas ex nihilo, elle est pratiquée par des individus, et plus précisément, au sein d'une communauté linguistique ; en tant qu'individus et communauté, ces personnes ont donc un certain nombre de droits, et le maintien de langues indigènes, même minoritaires, relève alors de la manière dont une société - ici, notre démocratie - considère ses citoyen.nes et les droits qu'iels demandent. Ainsi peut-on se demander ce que pensent les occitanophones de la situation actuelle de l'occitan en France (ce qui a notamment fait l'objet d'une enquête sociolinguistique pilotée par l'OPLO en 2020). Sont-iels satisfait.es des droits linguistiques qui leurs sont accordés ? Se sentent-iels correctement accompagné.es dans leur pratique quotidienne de la langue ? Ont-iels les moyens de la transmettre à leurs enfants ?

  > d'autre part, partir du schéma idéologique du monolinguisme français (cf. "barrières linguistiques, culturelles et même conceptuelles") - public cible : français monolingue : l'idéologie monolingue française nous permet-elle de penser et comprendre le monde d'aujourd'hui et de demain, ou bien nous pose-t-elle des barrières conceptuelles ? Par exemple, dans un séminaire de recherche consacré à la glottophobie auquel j'ai assisté cette année à l'université Bordeaux Montaigne, Philippe Blanchet a développé l'idée que dans le contexte de l'État français, l'égalité est assurée par l'uniformité des citoyen.nes. Autrement dit, en France, le monolinguisme national sert de base pour définir une égalité en termes de droits linguistiques ; ainsi, toute demande de droits linguistiques basés sur une autre langue que le français est vue comme une demande de droits particuliers. À l'inverse, explique Blanchet, l'on pourrait considérer que les droits linguistiques ne sont pas basés sur la langue mais sur l'individu ; selon ce principe, toute personne demandant à pouvoir faire telle ou telle chose dans sa langue (autre que le français) ne demanderait au final que les mêmes droits que les francophones. Cela signifie que l'idéologie actuelle en matière de droits linguistiques n'est pas universelle, immuable. Aussi est-on en droit de se demander si elle ne pose pas des "barrières linguistiques, culturelles et même conceptuelles" aux réflexions autour du vivre-ensemble dans un espace profondément mondialisé et multilingue, d'autant plus que ce monolinguisme national est vécu par beaucoup comme allant de soi, étant quelque chose d'intrinsèque au fait d'être français, alors qu'il n'en est rien : la France, pendant la majeure partie de son histoire, a également été un territoire profondément multilingue, et c'est à la puissance centralisatrice de l'État français révolutionnaire et post-révolutionnaire que l'on doit l'accomplissement en un gros siècle d'un monolinguisme national et non l'inverse : ce n'est pas parce que les Français.es parlent français qu'iels forment Nation (la France de la Révolution était un patchwork linguistique), et ce n'est pas non plus simplement parce qu'iels ont, de leur plein gré, arrêté de parler les langues indigènes de leurs territoires que les langues désormais dites régionales ont presque disparu ; c'est parce qu'iels ont formé Nation que les un.es ont imposé une langue commune et unique aux autres sur l'ensemble du territoire désormais national. Pour en revenir à ma thèse et mon enquête, recenser les représentations que les Français.es ont des langues et de leur enseignement peut permettre de mesurer à quel point cette représentation erronée de notre histoire linguistique a été intériorisée par les populations. Cela peut nous renseigner sur les conséquences de l'unification linguistique d'un pays par le biais d'une politique linguistique explicitement linguicide, ce qui constitue un travail de mémoire et de justice vis-à-vis de l'histoire, et cette documentation pourrait s'avérer utile pour des pays fortement multilingues qui réfléchissent actuellement à la manière de gérer la diversité linguistique sur leur territoire. Ce point est d'ailleurs particulièrement revenu dans la discussion qui a suivi ma présentation, car la plupart des spectateur/rices venaient d'universités africaines, et iels ont elleux-mêmes souligné l'importance du modèle français de "colonisation intérieure" (Robert Lafont) comme précurseur à la fois de la colonisation française de l'Afrique et potentiellement du développement des pays de l'Afrique post-coloniale. Pour ce qui est de la nation française, réintégrer l'histoire de cette colonisation intérieure à son histoire nationale et à l'imaginaire collectif de la nation qui en découle pourrait permettrait de repenser son rapport à la colonisation, la décolonisation et ses relations dans un monde post-colonial en général. De plus, le multilinguisme étant bien plus présent dans les pays du monde que le monolinguisme national tel qu'il se pratique en France, l'on est en droit de se demander si une certaine pratique de la diversité linguistique interne ne serait pas propice à une meilleure compréhension et appréhension de la diversité linguistique de nos pays partenaires, notamment sur le continent africain.

 

Pour conclure, cette expérience de congrès a été extrêmement positive : cela m'a permis de faire connaître mes travaux en cours à l'internationale, de rencontrer des chercheur/euses qui travaillent sur des questions similaires et d'échanger avec eux, et de replacer mes travaux de recherche dans un contexte plus global, ce renforce à la foi leur légitimité et leur portée.

 

 

* l'abstract n'a pas été remanié à l'approche du congrès et la communication effectuée ne correspond pas totalement au programme annoncé, dû à un retard dans la mise en place de l'enquête de terrain et suite aux retours du comité scientifique.

** il est possible que certaines diapositives ne soient pas totalement compréhensibles sans l'explication orale associée.

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