La méthode d'Analyse Combinée des représentations sociales des langues a été créée par Bruno Maurer et décrite dans l'ouvrage Représentations sociales des langues en situation multilingue : la méthode d'analyse combinée, nouvel outil d'enquête (Gallimard, 2013) et dans l'article "La méthode d'analyse combinée des représentations sociales des langues : un outil d'étude quanti-quali des idéologies linguistiques" (Circula, Revue d'idéologies linguistiques, numéro 3, p.5-19), consultable en accès libre.
Cette méthode vise à "dépasser le clivage qualitatif/quantitatif qui marque souvent les études sociolinguistiques" (2013, 2).
Elle se fonde sur la théorie du couple noyau-périphérie en psychologie sociale et vise à mettre en évidence et modéliser l'organisation d'une représentation sociale. Cependant, alors que la théorie du couple noyau-périphérie propose un découpage de la représentation en 2 zones (éléments non-réfutables et éléments dont la remis en question est possible), la méthode MAC propose de modéliser la représentation sociale en 4 zones (1 zone de centralité maximum et 3 zones de périphérie).
Afin de faire émerger la structuration de la représentation sociale, la méthode MAC étudie 3 dimensions des cognèmes (éléments minimaux de représentation composant une représentation plus complexe) :
- l'adhésion : est-ce que les répondant.es sont plutôt d'accord ou pas avec chaque cognème, et avec quelle intensité ?
- le consensus : est-ce que le groupe étudié a le même avis sur chaque item ou bien les avis sont-ils partagés ?
- la distance : certains cognèmes sont-ils fortement liés les uns aux autres au sein de la représentation ?
Cependant, alors que la méthode dont la méthode MAC s'inspire, à savoir, la méthode d'analyse intégrée (MAI) développée par Alain Domergue dans le cadre de sa thèse (1997), mettait l'accent sur le couple sur le couple adhésion/distance, la méthode MAC, quant à elle, met le couple adhésion/consensus au centre de son analyse.
Ainsi, afin de faire émerger les points de consensus, ou à l'inverse, les points de crispation au sein du groupe, le questionnaire principal de la méthode MAC se présente sous la forme d'une liste d'items déclaratifs (cognèmes) à propos desquels les répondant.es expriment leur adhésion grâce à une échelle de Lickert à 5 degrés. Cependant, la particularité de ce questionnaire est qu'il introduit une contrainte supplémentaire : les réponses doivent être réparties de manière égale entre les 5 degrés d'adhésion. Si cette consigne spécifique peut donner l'impression de venir fausser la sincérité des réponses (le questionnaire nécessite donc une phase de calibrage), elle a pour but d'amener les répondant.es à hiérarchiser les cognèmes afin de faire apparaître les éléments de leur représentation qui sont, pour elleux, les moins négociables, et donc, les moins susceptibles de changer au cours du temps.
Enfin, afin de réduire au maximum l'influence du/de la chercheur.e et de sa subjectivité dans les représentations qui sont mises en évidence par la méthode, les items soumis aux répondant.es sont issus d'une phase de pré-enquête durant laquelle un groupe restreint de répondant.es issus du groupe enquêté exprime, de manière le plus libre possible, leurs représentations à propos de l'objet étudié.