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LangaJE - Une thèse pour rien ?

La journée d'étude

LangaJE est une équipe interuniversitaire de doctorant.es affiliée au Centre de recherche en linguistique appliquée (CeRLA – Université Lumière Lyon 2) et au Centre d’Études Linguistiques – Corpus, Discours et Sociétés (CEL – Université Jean Moulin Lyon 3). L'an dernier, l'équipe a obtenu un financement sur deux ans pour mettre en place deux journées d'études. La journée du 18 novembre 2022 à laquelle j'ai participé en est la première. Le nom de l'équipe est ainsi un jeu de mots entre "langage" et "JE" (journée d'étude).

Le thème de la journée d'étude était : "Une thèse pour rien ? Valoriser les données et les résultats de sa recherche en linguistique hors de l’université" et visait ainsi à mettre en avant la valorisation des données scientifiques ainsi que leur application en dehors de l'université. La journée s'adressait aux jeunes chercheur.es en sciences du langage et a attiré des doctorant.es non seulement de toute la France, mais également de Belgique et d'Italie ! Une belle réussite pour une première.

Le plus de cette journée d'étude pour les communicant.es était la mise en place d'une évaluation des propositions de communication en triple aveugle avec une grille très précise et des commentaires à la fois bienveillants et détaillés de la part de évaluateur/trices, ce qui permet réellement de savoir où aller avec son travail, quels points retravailler pour l'abstract définitif et la communication.

 

Le projet de communication et la collaboration

Quand l'appel à communication de cette journée est sorti, il était déjà prévu que je participe au Bureau des Enquêtes, atelier de vulgarisation organisé par Cap Sciences à Bordeaux, deux mois avant la journée d'étude. Il m'a donc paru naturel de parler de cette expérience dans ma communication.

Cependant, je ne savais pas vraiment quoi proposer de "scientifique" pour cette communication au final. C'est alors que m'est venu une idée : cet atelier allait être ma première expérience de contact direct avec le public visé par ma thèse, à savoir les familles, et qui plus est, j'allais les y rencontrer tous ensemble, en famille, ce qui est assez rare et n'était pas prévu dans mon projet de thèse, au final. C'était donc peut-être l'occasion de sonder leurs représentations de l'occitan et leur attitude vis-à-vis de son enseignement.

J'ai donc proposé de mettre en place un protocole d'observation de l'atelier, et cette proposition de communication a été acceptée, avec cependant des interrogations de la part des évaluateur/trices sur la méthodologie d'observation, que je n'avais pas encore bien cernée.

Cependant, lors d'une discussion informelle, un collègue doctorant, qui avait déjà participé au Bureau des Enquêtes, m'a signalé que l'atelier était très intense pour le/la vulgarisateur/trice, et qu'il me faudrait probablement me faire aider si je souhaitais mettre en place une observation systématique. C'est pourquoi j'ai proposé à Mélissa Gonzalez, doctorante en anthropologie sociale et culturelle à l'EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris), qui pratique l'observation participante dans le cadre de sa thèse et travaille sur la déconstruction de la légende noire d'Aliénor d'Aquitaine, de travailler avec moi sur ce projet.

Ensemble, nous avons ainsi créé une grille d'observation commune, que nous avons ensuite remplie chacune de son côté lors de l'atelier. Les rôles étaient répartis ainsi :

   - Marie : animatrice de l'atelier + observatrice

   - Mélissa : observatrice

Après mise en commun de nos résultats, nous avons mis en forme notre présentation et nous sommes rendues à Lyon pour présenter notre protocole et nos résultats lors de la journée d'étude.

 

Abstract de la communication

Vulgariser pour recueillir des données de terrain ? Expérimentation d’un protocole d’observation de l’atelier « Le Bureau des Enquêtes » à Cap Sciences (Bordeaux)

Il parait logique de partir du principe que la vulgarisation scientifique vient nécessairement après un projet de recherche. Ce projet peut avoir intégré, dès sa création, une phase de valorisation et de vulgarisation ; il est aussi possible que les fruits d’une recherche soient vulgarisés longtemps après leur publication. Cependant, il est aussi des cas dans lesquels la vulgarisation scientifique fait partie intégrante du projet de recherche, où la première est utile, voire nécessaire, au second. C’est par exemple le cas de projets de recherche participative, telle que l’application FDNR (Français de nos régions), développée par M. Avanzi et al. : en effet, c’est probablement suite à la diffusion d’atlas linguistiques vulgarisant les variations lexicales au sein du français que l’application, qui vise à recueillir de nouvelles données concernant les français régionaux, a pu trouver autant de répondant.es.

L’expérience que nous proposons de présenter dans cette communication tente également d’utiliser un temps de vulgarisation portant sur un projet de recherche en cours pour recueillir des données de recherche pour ledit projet. Il s’agit donc de mettre en place et tester un protocole nouveau de collecte de données. Le point de départ de notre réflexion est la participation d’une doctorante en sociolinguistique occitane au programme « Le bureau des Enquêtes » organisé tout au long de l’année par le CCSTI Cap Sciences à Bordeaux : un.e chercheur.e dispose 3 objets sur une table, et les visiteur/euses doivent, à partir de ces 3 indices, deviner sur quoi porte leur recherche, ce qui mène, en principe, à une présentation de ladite recherche et ses enjeux. Le 25 septembre, la doctorante devait ainsi présenter sa recherche en cours de réalisation portant sur les représentations sociales en milieu scolaire ayant un impact sur le choix d’inscrire un.e enfant ou non en cours d’occitan. Cet atelier, qui allait mettre la doctorante en contact direct avec le public qu’elle étudie, à savoir, les familles avec enfants en âge de scolarisation, est donc apparu comme une opportunité de recueillir les représentations de l’occitan de ces visiteur/euses.

La chercheuse se ferait ainsi à la fois médiatrice scientifique et collecteuse, mais la tâche paraissait colossale… Comment alors mener les deux activités de front ? La solution que nous proposons a été d’intégrer une observatrice supplémentaire au protocole de collecte dans la personne d’une doctorante en anthropologie sociale, qui pourrait ainsi apporter l’expertise de sa discipline dans une expérience à la fois multimodale et interdisciplinaire.

Dans cette communication, nous proposons d’analyser deux aspects de cette expérience ; d’une part, l’acte de médiation : quels objets ont été choisis et pourquoi ? Comment vulgariser une recherche qui n’est pas encore terminée, dont les résultats ne sont pas encore stabilisés ? Puis, nous proposons de revenir sur le protocole d’observation que nous avons mis en place (double point d’observation (participante et extérieure), grille d’observation…) et sur les données de recherche collectées : quelles sont les représentations de l’occitan des visiteur/euses ? Les enfants et les parents partagent-iels les mêmes représentations ? Quelle posture adoptent les parents au sein de l’acte de médiation ? Enfin, la sociolinguiste et l’anthropologue observent-elles les mêmes éléments, ou leurs observations sont-elles, au contraire, complémentaires pour l’analyse ?

Mots clés : occitan, sociolinguistique, anthropologie culturelle, représentations sociales, atelier de vulgarisation

Bibliographie indicative :

Andreo-Raynaud, Grégoire. (2020). « Étude des représentations sociales de la culture occitane chez les élèves de Calandretas ». Lengas. 87. https://journals.openedition.org/lengas/4322

Avanzi, M., Thibault, A., Fort, K., & Aubin, N. (2021). Français de nos régions. [application et site] URL : https://francaisdenosregions.com/

Cap Sciences. Le bureau des enquêtes. [site] URL : https://www.cap-sciences.net/au-programme/evenement/le-bureau-des-enquetes

Dompmartin-Normand, Chantal. (2002). « Collégiens issus de Calandreta : quelles représentations de l’occitan ? ». Langage et société. 101 (3) : 35–54.

Office public de la langue occitane. (2022). Ma tesi a l’Ofici. [blog de recherche] URL : http://matesialofici.eklablog.fr/ (pour en savoir plus sur la thèse vulgarisée dans l’atelier)

Office public de la langue occitane. (2020). Enquête sociolinguistique relative à la pratique et aux représentations de la langue occitane en Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie et au Val d’Aran. https://www.ofici-occitan.eu/wp-content/uploads/2020/09/OPLO_Enquete-sociolingusitique-occitan-2020_Resultats.pdf

Bio-bibliographie des auteures :

Mélissa Gonzalez est doctorante en anthropologie à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et au sein du Laboratoire d’Anthropologie Politique (LAP – UMR8177), sous la direction de Claudine Gauthier. Elle est chargée du séminaire "Littératures et anthropologies" de l'Université de Bordeaux et présidente de l'association étudiante Bord'Òc qui valorise l'occitan sur l'Université Bordeaux Montaigne. Elle réalise actuellement sa thèse sur déconstruction de la légende noire d'Aliénor d'Aquitaine en s’intéressant notamment au spectacle vivant "le testament d'Aliénor : théâtre rock" co-écrit par Katy Bernard, maître de conférences à l’université Bordeaux Montaigne, et Sandrine Biyi.

Marie Sarraute-Armentia est doctorante en sociolinguistique à l’université Bordeaux Montaigne et au sein du Centre de recherche sur la langue et les textes basques IKER (UMR5478), sous la direction de Giovanni Agresti. Sa recherche porte sur les représentations sociales : après avoir rédigé trois mémoires de master portant sur le tourisme japonais au Mont Saint-Michel, la parole féminine dans la littérature anglaise au tournant du XIXe siècle et les princesses Disney, elle travaille désormais sur les représentations sociales de l’occitan en milieu scolaire afin de trouver des leviers de motivation pour encourager les familles à inscrire leurs enfants en cours d’occitan. Cette recherche est financée par l’Office public de la langue occitane dans le cadre d’une convention CIFRE.

Sarraute-Armentia, Marie. 2022. « Mapping social représentations of Occitan : a first step towards revitalisation? ». Poster scientifique présenté en ligne au Sociolinguistics Symposium « Inside and beyond binaries » SS24, Universiteit Gent, 13-16/07/22.

Sarraute-Armentia, Marie. 2021. « Leviers de motivation et freins à l’enseignement de l’occitan en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie : Étude des représentations sociales ». Communication en ligne au IIe Congrès du réseau international Poclande « Développement durable : Amplifier les langues. Valoriser les cultures. Impliquer les populations », Kenyatta University, 27-29/10/21.

 

Contenu de la communication*

 

Bilan d'expérience 

La journée était extrêmement bien organisée, que ce soit en amont ou le jour-même. Comme je l'ai dit précédemment, l'évaluation des abstracts était à la fois très précise et bienveillante, ce qui est d'autant plus important dans le cadre d'un événement adressé à des jeunes chercheur.es, qui n'ont pas encore beaucoup d'expérience de communication scientifique.

Ce projet a également été enfin l'occasion de collaborer scientifiquement avec Mélissa Gonzalez, que j'ai rencontrée dans le cadre des cours d'occitan à l'université Bordeaux Montaigne et avec qui je collabore déjà de manière hebdomadaire dans le cadre de l'association étudiante que nous gérons ensemble.

L'expérience a également été l'occasion pour moi de découvrir les méthodes de l'observation dans une approche anthropologique, notamment la grille d'observation, mais également le journal de bord : après une séance d'observation, le/la chercheur.e note tout ce dont iel se souvient, ce qui l'a marqué.e, et c'est par exemple ainsi que j'ai pu me rendre compte d'un comportement très différent entre les hommes et les femmes vis-à-vis de l'atelier, observation que notre grille ne permettait pas de mettre en évidence. Ainsi, il a été très intéressant pour moi de me décentrer, de sortir des méthodes connues (questionnaires calibrés, entretiens, analyse du discours...) et de découvrir une autre manière de collecter des données.

Cependant, notre protocole a également montré ses limites :

   - il est difficile pour la vulgarisatrice d'être au four et au moulin pendant l'atelier (même si l'utilisation d'une grille commune a permis de confirmer mes observations, car Mélissa avait fait les mêmes, tout en les complétant, puisque Mélissa a plus eu l'occasion de se concentrer sur l'observation et a également eu plus de temps pour prendre des notes ;

   - une autre limite est que la grille d'observation est nécessairement construite à partir des présupposés des chercheuses, ce qu'elles veulent observer, mais donc nécessairement ce qu'elles pensent trouver... alors même que la méthode se veut exploratoire : il s'agit de récolter les représentations et attitudes vis-à-vis d'un objet (l'occitan et son enseignement), quelles qu'elles soient. En réalité, il s'agit aussi là d'un simple problème pratique : la grille, avec des éléments prédéfinis à cocher, permet de limiter le temps nécessaire à la prise de notes sur le coup ; cependant, des espaces d'observation libre restent nécessaires (et il y en avait dans notre grille), même s'il demeure difficile de noter tout ce que l'on voit et tout ce que l'on entend sur place. Une solution serait évidemment d'enregistrer l'atelier sur un support vidéo, mais cela modifierait le cadre de l'expérience : d'une part, les participant.es sauraient qu'iels sont observé.es et cela pourrait modifier leur comportement ; d'autre part, cela nécessiterait de demander systématiquement des autorisations et alourdirait considérablement la procédure générale (et il faut garder à l'esprit que les participant.es étaient de simples visiteur/euses de Cap Sciences, venu.es principalement pour voir l'exposition sur les gladiateurs qui avait court à ce moment-là). Il est à noter que lors de l'atelier, Mélissa était entièrement visible des participant.es (il était évident qu'elle prenait des notes), mais aucun.e n'a posé de question quant à sa présence ou à son rôle.

La journée a également été l'occasion de faire des rencontres passionnantes et d'assister à des présentations très intéressantes, notamment la conférence plénière d'ouverture par Laélia Véron, enseignante-chercheuse en stylistique à l'université d'Orléans et vulgarisatrice à succès dans le domaine des sciences du langage.

Enfin, il nous était proposé de tourner des capsules vidéos pour vulgariser les sciences du langage. Voici ma capsule :

  

 

Retrouvez les autres capsules tournées ici.

 

 

* il est possible que certaines diapositives ne soient pas totalement compréhensibles sans l'explication orale associée.

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